L’ultra-trail du Vercors en relais 4

On est mi-Aout, et sur un coup de tête, j’ai dit « ok  pourquoi pas » à ma pote Emma quand celle ci me propose de courir pour le fun un relais sur quatre du Ultra Trail du Vercors. Mon équipe: Clément, Anne-So et Bastien. Emma est rejont par Victor pour un relais 2. Ce qui m’attend moi ? 22km, 1000mD+. Je n’ai jamais dépasse les 150 m de dénivelé et à trois semaines de la course, il est un peu tard pour commencer une prépa trail…d’ailleurs j’ai tout juste le temps de m’acheter des chaussures de trail, chose que je ne possédais même pas.

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Dossards en rouge: Relais à 4. Dossards en bleu: Relais 2.

On arrive la veille de course à Autrans, village de départ et d’arrivée. Je suis déjà émerveillée et impressionnée par le paysage autour de moi, très montagnard (surprise!) : A un moment donné, un des coureurs de mon équipe pointe avec son doigt un sommet à ma droite et me dit: Tu vois ça ? Ça, c’est ton relais. Il rigole. Moi un peu moins. ^^ Le soir, on récupère nos dossards est c’est parti pour le speech de Bienvenue, autour d’un pot convivial. L’ambiance n’a rien avoir avec les courses sur route, c’est plus intimiste, plus familial, plus chaleureux, bref ça fait moins «événement de masse » comme on les connait à Paris.. L’organisateur n’est pas avare en bon conseils et surtout, il a de l’humour : « Si vous avez froid, chaud, soif…tenez bon. Bref : Mourez digne ! » Vient ensuite la présentation des relais. Selon l’organisateur, mon relais qui traverse entre autre une réserve biologique (= zero activité humaine) se résume ainsi, :  « Ca va piquer les jambes. C’est brut de brut. Va falloir enjamber les arbres, il y a des orties… » Ça promet.

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« Qui dit encore « gag » en 2016 ?! »

Les heures passent, et me voilà à Rencurel, lieu de départ de mon relais. Etant le dernier relais, je ne partirai que vers 15h30 et ai donc le temps de faire une bonne grasse mat, d’osciller entre excitation et la question : mais qu’est ce que je fous là je vais grave souffrir? L’heure approche, je me place un peu avant l’arrivée afin de faire les derniers mètres avec Bastien, le 3ème relayeur, afin que je puisse me faire biper dès qu’il arrive. Le stress monte, au soleil il fait très chaud, je fixe chaque coureur qui arrive, prête à partir….. Soudainement, j’entends un membre de mon équipe crier mon nom : Mon relayeur est passé devant moi et je ne l’ai même pas vu ! C’est moi tout craché ca ! Au micro, on se moque de nous avec des « ahahaa c’est toujours le gag quand un relayeur est arrivé et ne trouve pas l’autre…ca arrive même au meilleures » Sur le coup, je suis trop stressée pour trouver ca rigolo. La preuve sur la photo ci-dessus illustrant bien mon départ en mode « c’était quoi ce bordel ! »

Ca y est je suis partie. Je commence mon premier trail, me voilà partie sur le chemin en plein cagnard. Ca monte gentiment, et dès les premiers pas, je m’économise et me pose la question : A partir de quand dois-je marcher ? Maintenant déjà ? Non, si, pas encore ? J’ai en tête les deux énormes bosses que j’ai pu voir sur la description du profil et je m’attends donc à deux énormes murs à franchir. Ce n’est que plus tard que je vais comprendre que j’ai mal « lu » le graphe. En effet, ca montes certes, mais continuellement, et jamais de manière aussi raide que je pensais, en tout cas pas sur la première partie. Bref, je suis en mode « je m’attends au pire » et continue donc mon relais en mode très tranquilou pendant quelques minutes.

Ça vallonne, ça vallonne…et là, le fameux moment arrive. Je suis face à la première bosse bien raide, et je décide de faire ce que je n’ai jamais fait lors d’une course officielle: marcher. Vite certes, les mains sur les cuisses, mais c’est de la marche. C’est tellement fou et nouveau comme sensation! C’est encore plus délicieux que je vois d’autres coureurs avant et après faire la même chose. Et oui, en trail, on a droit de marcher. Mieux : C’est même conseillé par moment. Pour moi, c’est comme si on me disait que le Nutella faisait désormais maigrir. Le rêve quoi. A partir de maintenant, et tout au long de la course, je vais essayer d’évaluer chaque montée en me posant toujours les mêmes questions : Suis-je plus rapide en courant qu’en marchant ? Vais-je me cramer inutilement ou pas ? Combien de km me restent-ils, combien d’énergie me faudra – il ? En fonction de chaque réponse, j’adapte ma décision : courir ou marcher, tout en découvrant que mon corps ne fatigue pas si vite que ça, malgré le dénivelé. recit-ultra-trail-vercors-relais4En effet, la gestion de course est tout un art en trail, on apprend à se connaître d’une manière différente, on s’y prépare autrement aussi. Par exemple, je regrette que je ne me suis pas entrainée de manière à savoir  à quel moment ma marche rapide équivaut au fait de trottiner.blog-course-a-pied-paris-trail-vercors

Coucou les vaches, puis on monte la haut….

Revenons un peu au début: Dès les premiers km je profite à fond des paysages, qui deviennent de plus époustouflants : On se croirait dans une publicité, avec des jolies plaines, des vaches, des maisons tout mignonnes les premiers 5 km, des fleurs, les falaises… cela paraît presque irréel pour la parisienne que je suis. La chaleur me fait un peu peur, heureusement que j’ai trempée mon bandana dans l’eau avant de partir – il est sec au bout de 1km ! – et que je trouve un point d’eau au km 4 pour le mouiller à nouveau. Après ma mésaventure au Semi des Vikings, je redoute le coup de chaleur. Ainsi, je continue mon ascension et plus les km passent, plus je me détends, l’angoisse de la souffrance cède à l’émerveillement et un sentiment de gratitude d’être là.En effet, j’ai presque l’impression de vivre un moment spirituel accentué par la solitude physique de cette course : Je suis souvent complètement seule, ne voyant aucun coureur. On pourrait croire que c’est déprimant, mais au contraire, j’apprécie tellement le fait de me retrouver seule avec la nature. Il y a tant de choses à admirer, à découvrir, le paysage qui change, il devient plus sauvage. Je suis à la fois complètement ailleurs et 100% dans le moment présent. D’ailleurs, je cours pour la première fois de ma vie une course sans mon Ipod, je ne ressens pas le besoin ni l’envie. Je suis frappée par le silence autour de moi, pas d’oiseaux, ou très peu. Je suis juste là, avec moi et la nature, et je suis bien. Je réalise une fois de plus à quel point le fait de courir avec un objectif chronométrée m’enlève le plaisir de courir…à quel point les vrais raisons pour lesquels j’aime les courses sont ailleurs que sur ma montre GPS.

La nature, ce n’est pas tout lors de cette course. L’ambiance diffère aussi grâce au traileurs. Quand je croise des « solos » (des coureurs qui courent l’ultra en entier, des vrais warriors !) je félicite chacun. On s’échange des mots, des encouragements…c’est super, franchement. En dépassant un solo, celui ci me lance « et bien vous êtes en forme, ça fait plaisir de voir ça ! » et à ce moment là, personne d’autre aurait pu me faire un meilleur compliment. Un autre solo m’approche et me demande s’il peut me suivre un petit peu pour garder le rythme, « si ca vous ne dérange pas ». Encore une chose que je n’ai pas vécu comme ça lors des courses sur route.ultra-trail-vercorsAu fil des km que je fais en alternant marche et course, je me retrouve dans la forêt qui devient de plus en plu dense, de plus en plus sauvage. Les chemins deviennent tellement étroits qu’il serait impossible de courir côte à côte. Par moment on ne voit plus de chemin du tout, on ne fait que suivre le balisage: ca y est, je suis dans la fameuse réserve biologique ! J’ai l’impression d’être dans un décor de film, l’ambiance me rappelle Walking Dead ou Platoon (sans les zombies et de gars qui te tirent dessus). Bref, j’ai l’impression d’être seule dans une jungle – j’adore. Je dois – comme promis – enjamber des arbres, parfois même m’accroupir pour passer en dessous de plusieurs arbres bizarrement tombés, j’ai de l’herbe et des orties jusqu’au genoux – j’adore.

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Si c’est déjà ouf d’arriver tut court, comment ça doit être alors d’arriver premier? A méditer !

Après la traversée de la réserve biologique, ça descend. Mais le mot « descente » prend pour moi un tout nouveau sens, car là, ca descend SEC ! Et là, je suis face à mon inexpérience totale en trail: Je ne sais pas descendre des pentes aussi raides !Je ne sais pas comment positionner mes pieds, mon corps… pour tout vous dire je me suis tenue plusieurs fois à des branches et troncs d’arbre par peur de tomber. J’essaye les « trucs » que j’ai lu ou dont on m’a parlé, mais quand j’arrive à courir, je n’arrive clairement pas à me « jeter vers l’avant » ni à atterrir sur le médio-pied. C’est la découverte totale, et heureusement que je ne suis pas là pour le chrono car qui l’aurait cru mais : C’est dans la descente que je perds sans doute le plus de temps !Vient ensuite une nouvelle partie assez roulante et légèrement vallonné, un terrain de jeu super ludique et varié. Vous avez joué au gameboy état petit ? Bah c’est un peu pareil. On saute, on évite, on accélère, on relance, on marche… je m’amuse comme un gamin et arrive finalement au seul ravito de mon relais, au bout de 13 km. Je vis alors une nouvelle fois quelque chose de complètement inédit : On est chouchouté comme dans un spa. Une dame m’approche de suite et me propose de remplir mon camelbak. Elle m’aide à l’enlever, pendant qu’une autre dame me propose soupe, barres, gel, oranges, sucres… une vraie douche de gentillesse et bienveillance. J’ai presque envie de rester, mais au bout de 2, 3 minutes, je reprends mon chemin. Je sais ce qui m’attend et cette fois ci, vraiment : Le pas de Monbrand. D’abord ça monte beaucoup, puis ça monte énormément. Sec. On ne pense même plus à courir, on grimpe presque. C’est là que je croise un solo qui a été rejoint (comment je ne sais pas) par son épouse pour le soutenir. Quand on a 72 km dans les pattes, cette montée est vraiment un coup de grâce. Pour moi, c’est que du bonheur, plus je monte, plus je suis euphorique. Et essoufflée aussi, je vous l’accorde. Arrivée tout en haut – après un petit passage ou il faut vraiment mettre les mains et se hisser vers le haut – je ne m’éternise pas car je sais que le meilleur m’attend : La descente vers Autruns, les derniers 4km. Mon équipe m’avait dit « à partir de la haut, bah tu déroule » …donc : je déroule. Rien à dire, c’est le kiff total. Les descentes sont raides mais on peut toujours courir, courir très vite même, tout en se concentrant à fond pour ne pas glisser sur les cailloux ou se prendre une racine. Je dépasse du monde, ca fait toujours plaisir, surtout quand il s’agit de coureur qui m’ont dépassé lorsque je marchais dans une côte. Puis d’un coup on est en bas, sur des chemins de campagne, des champs à droite et à gauche et au bout : Autrans, l’arrivée. Je me sens tellement bien, je fais les derniers 3 km à de 4’20… Puis à l’entrée du village, mon équipe m’attend, on m’encourage, on me suit, on court avec moi…Puis je vois l’arche à de l’arrivé à 100m : Je fais un sprint en levant les bras et traverse la ligne d’arrivée. Folle de joie, après 2h45  (et 1200m au lieu de 1000 m de denivelée selon ma Garmin !)  de pure bonheur. Ca y est, je suis amoureuse du trail !

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Les derniers mètres du Ultra-Trail du Vercors: Roulant !

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